May 31, 2026
baba10

Quand l’arrogance politique mène à la chute

La politique est parfois cruelle. Elle peut porter un homme au sommet en quelques mois… avant de le ramener brutalement à la réalité. Le limogeage de l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko par le président Bassirou Diomaye Faye vient confirmer ce que beaucoup redoutaient depuis longtemps : lorsqu’un responsable politique finit par croire qu’il est plus grand que les institutions, la rupture devient inévitable. 

Les dernières déclarations de l’ex-chef du gouvernement sur les fonds dits “politiques” avaient déjà révélé une dérive inquiétante. Comment un Premier ministre peut-il publiquement affirmer que le Président de la République “s’est trompé”, avant de lui souhaiter de “retrouver ses esprits” ? Dans une République sérieuse, ce type de propos dépasse largement le cadre du désaccord politique. C’est une attaque frontale contre la dignité de la magistrature suprême et aujourd’hui, les conséquences politiques semblent lui avoir été rappelées avec brutalité.

Le plus frappant dans cette affaire reste l’incohérence constante du personnage. Opposant, il dénonçait les fonds politiques comme étant “haram”, symbole selon lui d’un système immoral. Une fois au pouvoir, le même homme finit par reconnaître disposer lui-même de fonds similaires, après avoir longtemps accusé ses contradicteurs de mensonge. Hier scandaleux, aujourd’hui acceptable : la morale politique semble avoir changé avec les privilèges du pouvoir mais au-delà des contradictions, c’est surtout son niveau de confusion sur des dossiers sensibles qui inquiète.

Les fameux 1 milliard 770 millions évoqués devant l’Assemblée ne relevaient pas simplement de fonds politiques classiques. Dans la tradition administrative et sécuritaire sénégalaise, ces ressources sont associées aux fonds “JAAM”, liés notamment à la gestion de la paix et des équilibres sécuritaires en Casamance. Confondre des mécanismes touchant à la stabilité nationale avec de simples avantages politiques traduit une méconnaissance préoccupante des réalités de l’État et c’est précisément là que le problème devenait dangereux.

Lorsqu’un Premier ministre transforme chaque prise de parole en confrontation permanente, lorsqu’il banalise les attaques contre les institutions et découvre certains dossiers stratégiques en direct devant l’opinion, il cesse d’être un facteur de stabilité. Il devient un facteur de tension institutionnelle.Le Sénégal mérite mieux que des slogans, des postures de meeting et des déclarations impulsives. Gouverner un État exige de la retenue, de la maîtrise et une compréhension fine des mécanismes de la République.

Le limogeage d’Ousmane Sonko marque peut-être la fin d’une illusion : celle d’un homme qui croyait pouvoir gouverner par la confrontation permanente sans jamais subir les conséquences de ses propres excès. En démocratie, les institutions finissent toujours par rappeler qu’aucun responsable, aussi populaire soit-il, n’est au-dessus de la République

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