Dette « cachée » : qui rendra l’honneur à Moustapha Ba ?
Il y a parfois des déclarations qui dépassent le simple cadre du débat politique. Des mots qui arrivent trop tard. Des vérités qui, une fois prononcées, ne réparent plus les blessures qu’elles ont laissées derrière elles.
Pendant plus de deux ans, le Sénégal a vécu au rythme d’une accusation devenue le principal carburant du combat politique : la fameuse « dette cachée ». Une formule répétée à l’infini, reprise dans les meetings, les plateaux de télévision, les réseaux sociaux et jusque dans les conversations de quartier. Une accusation si grave qu’elle a fini par installer dans l’esprit de nombreux Sénégalais l’idée d’une vaste tromperie organisée contre le peuple. Aujourd’hui, l’ancien Premier président de la Cour des comptes, Mamadou Faye, affirme sans ambiguïté : « Vous ne trouverez nulle part l’expression dette cachée dans le rapport. »
Cette phrase est lourde. Très lourde.
Car si l’on admet qu’aucun rapport de la Cour des comptes ne parle de « dette cachée », alors une question s’impose : pourquoi avoir laissé prospérer cette interprétation pendant aussi longtemps ?
Surtout, qui pense aujourd’hui à Moustapha Ba ?
L’ancien ministre des Finances n’était pas un homme de meeting. Ce n’était pas un tribun politique. C’était un serviteur de l’État, un technicien reconnu, un haut fonctionnaire qui a consacré sa vie à la gestion des finances publiques. Durant des mois, son nom a été traîné dans la boue. Son honneur a été publiquement mis en cause. Son intégrité a été contestée. Certains l’ont même présenté comme l’un des principaux artisans d’une prétendue dissimulation de la dette du Sénégal.
Mais derrière le ministre, il y avait un homme. Derrière l’homme, il y avait une épouse et toujours derrière cette épouse, il y avait des enfants.
Des enfants qui ont entendu leur père être accusé. Des proches qui ont dû supporter les soupçons, les insultes et les procès médiatiques. Une famille entière condamnée à vivre sous le poids d’une accusation devenue vérité officielle avant même d’être démontrée.
Mamadou Faye a certainement servi la République avec compétence durant toutes ces années. Son parcours parle pour lui. Mais au moment de quitter ses fonctions, a-t-il pensé à cette responsabilité morale ?
A-t-il pensé au serment du magistrat ? A-t-il pensé à l’obligation de vérité qui accompagne les plus hautes fonctions de l’État ? A-t-il pensé à ces Sénégalais qui ont cru, de bonne foi, qu’un rapport officiel parlait effectivement de « dette cachée » ? car lorsqu’une institution aussi prestigieuse que la Cour des comptes est invoquée dans un débat national, le silence devient parfois aussi puissant que la parole et lorsqu’un silence permet la destruction de réputations, il finit par devenir une question de conscience.
Quant à Ousmane Sonko, il a lui-même reconnu récemment qu’il parlait alors comme un opposant qui ne détenait pas tous les leviers de l’État. Cette déclaration clôt pratiquement le débat sur l’origine politique de cette affaire mais elle ouvre une autre question, bien plus importante : combien de vies, combien de réputations et combien de familles ont payé le prix de cette bataille politique ?
La République ne se construit pas uniquement avec des institutions fortes. Elle se construit aussi avec le courage de reconnaître ses erreurs lorsque les faits imposent une autre vérité.
Aujourd’hui, au-delà des querelles partisanes, une question demeure suspendue dans l’air :
Qui rendra l’honneur à Moustapha Ba ? car certaines dettes ne sont pas financières ,elles sont morales et celles-là sont souvent les plus difficiles à rembourser.
Baba Aïdara ,
Journaliste d’Investigation

