SÉNÉGAL : LA VÉRITÉ QUI DÉRANGE — QUAND LA DETTE CACHÉE CHANGE DE CAMP
Il y a des moments où la communication politique s’effondre face à la brutalité des faits.
Et ce moment est arrivé. Ce que révèle aujourd’hui le Financial Times (repris et amplifié dans les circuits internationaux comme le New York Times), ce n’est pas seulement une information économique.
C’est un séisme de crédibilité pour tout un État.
DE LA DÉNONCIATION À LA PRATIQUE : LE GRAND PARADOXE
Hier encore, le nouveau pouvoir au Sénégal bâtissait toute sa légitimité sur une accusation lourde :
une dette cachée de plus de 7 milliards de dollars imputée au régime sortant.Aujourd’hui, les faits sont implacables :
ce même pouvoir a lui-même contracté des financements complexes, non transparents, sans en informer clairement ni le public, ni même le FMI.
650 millions d’euros levés ,des montages financiers sophistiqués (total return swaps).
et des garanties sur des obligations souveraines.Et surtout : aucune communication officielle claire.
LE SCANDALE SILENCIEUX : LES “TOTAL RETURN SWAPS”
Derrière ce jargon technique se cache une réalité explosive : Le Sénégal met en gage ses propres obligations ,il accorde à certains créanciers une priorité de remboursement , il contourne les règles classiques de transparence autrement dit :
on crée une dette “hors radar”, mais bien réelle.C’est exactement le type de mécanisme utilisé par des États proches du défaut.
LE FMI MIS DEVANT LE FAIT ACCOMPLI
Le passage le plus grave est sans ambiguïté :
Le FMI affirme ne pas avoir reçu les détails de ces opérations c’est une rupture majeure.
Dans les relations internationales, cela signifie :
perte de confiance suspicion sur la sincérité des comptes publics affaiblissement immédiat de la crédibilité du pays et les conséquences sont déjà là : Programme de 1,8 milliard $ bloqué ,accès aux marchés internationaux fermé Image financière du Sénégal dégradée
UN RISQUE MAJEUR : LE PRÉCÉDENT MOZAMBIQUE
L’histoire économique africaine a déjà connu ce scénario.
Mozambique : scandale des “tuna bonds” : Dettes cachées Effondrement de la confiance Crise économique durable Aujourd’hui, le Sénégal s’approche dangereusement de ce modèle.
UNE QUESTION CENTRALE : QUI DIT LA VÉRITÉ ?
Le cœur du problème n’est plus technique. Il est politique.Comment un régime qui a fait campagne sur la transparence
Peut-il reproduire voire aggraver les pratiques qu’il dénonçait ?
Comment expliquer que : Les créanciers soient informés mais pas le FMI ni les citoyens sénégalais ?
UNE HYPOTHÈSE GRAVE : LA DOUBLE DETTE
Si l’on suit la logique des faits : Une dette cachée héritée (contestée ou non) Une nouvelle dette complexe, opaque, prioritaire On se retrouve avec un pays : Surendetté étagés dans des montages risqués et désormais sous surveillance internationale
CRÉDIBILITÉ D’UN ÉTAT : LE VRAI ENJEU
Ce qui est en train de se jouer dépasse la politique intérieure , c’est la signature du Sénégal sur les marchés qui est en cause ,c’est la confiance des partenaires internationaux et c’est surtout encore l’image d’un pays longtemps considéré comme stable
Un État peut survivre à une dette.
Mais il ne survit pas à une perte de crédibilité.
LE PIÈGE S’EST REFERMÉ
Le pouvoir actuel voulait juger il est désormais jugé et la question qui reste suspendue est brutale :
La dette cachée était-elle un scandale… ou un prétexte politique ?
Car aujourd’hui, une chose est sûre :
la transparence promise s’est transformée en opacité assumée.
Et dans le monde de la finance internationale,
cela ne pardonne jamais .
Baba Aïdara
Journaliste d’Investigation

