February 6, 2026
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Port de Dakar : quand l’arrogance efface la mémoire

Par Baba Aidara

Il y a des victoires qui élèvent. Et d’autres qui révèlent.
La récente sortie de Port autonome de Dakar sous la voix de son PCA, Mohamed Ngouda Mboup, appartient clairement à la seconde catégorie. Oui, le Port de Dakar progresse dans l’Indice de performance des ports à conteneurs (CPPI). Oui, le Sénégal peut légitimement s’en réjouir. Mais non, on ne peut pas décemment réécrire l’histoire à coups de communiqués triomphants.

Un classement… mais surtout une continuité

Les chiffres cités passage de la 371ᵉ à la 108ᵉ place mondiale ne sont pas une révélation tombée du ciel en 2023. Ils s’inscrivent dans une trajectoire longue, documentée noir sur blanc par la Banque mondiale et S&P Global Market Intelligence : investissements lourds en équipements (grues, aires de stockage), digitalisation (système communautaire portuaire), amélioration de la connectivité terrestre vers le Mali, et surtout, une exploitation continue assurée depuis 2008 par DP World.

Autrement dit : le bond spectaculaire de 2024 est le fruit d’années d’efforts cumulés, pas d’une illumination subite de la nouvelle équipe.

L’élégance institutionnelle, grande absente

Ce qui choque n’est pas la célébration d’un résultat. C’est l’omission volontaire : pas un mot pour les équipes sortantes, pas une ligne pour les cadres, ingénieurs, dockers et logisticiens qui ont tenu le port à flot quand Dakar stagnait encore dans les bas-fonds du classement, pas la moindre reconnaissance d’une dynamique enclenchée bien avant l’arrivée de l’actuel PCA.

En gouvernance publique, cela porte un nom : l’appropriation politique d’un héritage technique.

Quand l’humilité devient slogan

Paradoxalement, le discours se pare du mot « humilité ». Mais l’humilité réelle commence par la reconnaissance du travail des autres. Or ici, le récit laisse entendre que le repositionnement du port serait quasi exclusivement le produit de la vision actuelle.
C’est intellectuellement discutable. Et institutionnellement dangereux.

Le Port n’est pas un trophée partisan

Le Port autonome de Dakar n’appartient ni à un homme, ni à une équipe, ni à une conjoncture politique.
C’est un outil stratégique national, bâti sur des décennies de décisions techniques, de partenariats internationaux, et d’efforts humains souvent invisibles.

Vouloir transformer un indicateur international — déjà public, déjà connu — en opération d’autosatisfaction politique, sans mémoire ni nuance, c’est fragiliser ce que l’on prétend défendre.

La vraie grandeur

La vraie grandeur d’un dirigeant public, surtout à la tête d’un mastodonte comme le Port de Dakar, ne se mesure pas à la longueur d’un discours ou à l’ampleur d’un chiffre.
Elle se mesure à l’élégance du regard porté sur l’histoire, à la capacité de dire : “Nous poursuivons un travail entamé avant nous, et nous avons le devoir de l’amplifier.”

Le Port de Dakar mérite cette vérité.
Les Sénégalais aussi.

Babapodcast.com

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