Pétrole de Sangomar : pourquoi parler de détournement aujourd’hui est une erreur de lecture
Des voix se sont élevées pour dénoncer le caractère inopportun de certaines plaintes annoncées. Le débat a été vif, parfois excessif. Il n’est pas utile d’y revenir.
Mais il est indispensable, par souci de vérité et de pédagogie, de clarifier les faits pour ceux qui cherchent sincèrement à comprendre, loin des slogans et des procès d’intention.
L’État du Sénégal ne vend pas directement son pétrole
C’est un point fondamental que beaucoup ignorent ou feignent d’ignorer.
Le pétrole de Sangomar n’est pas commercialisé par l’État sénégalais.
La vente est assurée par Woodside Energy Trading and Services (WETS), entité chargée de la commercialisation internationale du brut.
Cela signifie que :
1- l’État ne facture pas directement les cargaisons,
2- il ne reçoit pas instantanément les revenus au moment de la vente.
Un mécanisme de suivi et de validation existe
Il est également important de rappeler que l’État du Sénégal a mis en place un comité regroupant l’ensemble des parties prenantes du secteur.
Ce comité se réunit tous les trois mois afin :
d’évaluer les ventes effectivement réalisées,d’analyser les volumes commercialisés,
et de déterminer un prix moyen de vente du baril,
en fonction des marchés internationaux et des paramètres de référence du secteur pétrolier.
Ce mécanisme vise à assurer une évaluation collective, technique et périodique des ventes, conformément aux pratiques internationales, avant toute consolidation comptable et budgétaire.
Les revenus pétroliers sont encaissés en devises, pas en FCFA
Autre élément clé :
La part du Sénégal issue de la production est réglée en devises fortes (principalement dollars américains ou euros).
C’est une pratique normale et standard dans l’industrie pétrolière internationale.
Mais cela implique :
1- des délais techniques,
2- des comptes dédiés,
3- des mécanismes de conversion et de transfert avant toute inscription au Trésor public.
Un revenu peut donc être connu, calculé, certifié… sans être encore versé au Trésor.
Connaître un revenu ≠ l’avoir budgétairement encaissé
C’est précisément ce que souligne le Rapport ITIE 2024.
Il ne dit pas que l’argent a disparu.
Il dit que :
la traçabilité budgétaire n’a pas été assurée au bon moment,
les déclarations n’ont pas transité correctement par le Trésor,
les recettes apparaissent sur l’exercice suivant, une fois les délais techniques écoulés.
C’est un problème de circuit administratif et comptable, pas une preuve de détournement.
Pourquoi parler de vol aujourd’hui est dangereux
S’aventurer trop vite dans :
des accusations de détournement,
des plaintes pénales ciblant des responsables politiques ou techniques,
c’est prendre un risque majeur.
Pourquoi ?
Parce que :
le gouvernement finira par faire une sortie officielle,
Woodside Energy confirmera les mécanismes de vente et de règlement,
et ceux qui auront crié au scandale pénal sans maîtrise technique se retrouveront décrédibilisés devant l’opinion et les partenaires internationaux.
Le débat public y perdra en sérieux.
La société y perdra en confiance.
La vraie exigence : transparence et rigueur, pas populisme
Le Sénégal doit des explications, oui.
Mais les bonnes explications, au bon niveau :
1- clarification des circuits de paiement,
2- publication des délais de transfert,
3- traçabilité budgétaire claire,
4- responsabilité institutionnelle assumée.
La transparence ne se construit pas à coups de slogans ni de plaintes hasardeuses.
Elle se construit avec des chiffres, des procédures et de la pédagogie.
En résumé
Le pétrole a été vendu.
Les revenus existent.
Ils ne sont pas automatiquement recevables.
Les délais et les circuits expliquent l’écart temporel.
Tout le reste accusations hâtives, détournements imaginaires relève plus de l’émotion que de l’analyse

