Investisseurs, venez… mais il n’y a pas de justice ? Le dangereux paradoxe de Ousmane Sonko
Il faut parfois très peu de mots pour fragiliser une stratégie économique.
Une phrase.
Un doute.
Et soudain, tout un pays peut apparaître risqué.
En appelant les investisseurs marocains à venir au Sénégal tout en laissant entendre que la justice n’y offrirait pas toutes les garanties attendues, le Premier ministre a ouvert une contradiction vertigineuse presque incompréhensible pour les milieux d’affaires.
Car enfin, quel investisseur sérieux mettrait des milliards dans un pays dont les propres dirigeants semblent questionner la solidité judiciaire ?
C’est la première règle du capital international :
l’argent va là où le droit protège.
L’erreur que les marchés ne pardonnent pas
Les investisseurs n’arrivent jamais les yeux fermés.
Avant le premier dollar, avant la première usine, avant le premier chantier, ils consultent :
des cabinets juridiques internationaux,des agences de notation,des analystes de risques et meme des spécialistes de la stabilité institutionnelle
Et la première question est toujours la même :
Si un conflit éclate, la justice est-elle indépendante et fiable ?
Ce n’est pas un détail technique.
C’est la colonne vertébrale de l’attractivité d’un pays.
En instillant le doute depuis une tribune internationale, le signal envoyé peut devenir redoutable :
prudence.
Or en économie, la prudence est souvent le premier pas vers la fuite des capitaux.
La communication qui coûte cher
Un ministre peut se permettre l’approximation.
Un militant peut se permettre la colère.
Mais un Premier ministre parle avec le poids d’un État.
Chaque mot devient un indicateur politique.
Chaque phrase, un message aux marchés.
L’histoire économique est sans pitié :
il faut des années pour bâtir une réputation d’État stable
et quelques secondes pour la fissurer.
Le plus inquiétant n’est pas la critique d’un système.
Toutes les démocraties se réforment.
Le danger, c’est l’autodélégitimation publique.
Car lorsqu’un dirigeant semble douter de ses propres institutions, ce doute voyage plus vite que n’importe quelle campagne de promotion.
Le spectre du risque pays
Les investisseurs ne lisent pas les discours comme les citoyens.
Ils traduisent.
doute sur la justice = insécurité juridique
insécurité juridique = risque financier
risque financier = coût plus élevé
coût plus élevé = capitaux plus rares
C’est mécanique.
Le “risque pays” n’est pas seulement une donnée économique.
C’est aussi une perception.
Et en matière de perception, les mots des dirigeants pèsent des tonnes.
Un paradoxe au sommet
Inviter les capitaux tout en laissant planer une fragilité judiciaire revient à envoyer deux messages opposés :
“Venez investir.”
“Mais sachez que l’arbitre pourrait ne pas rassurer.”
Aucun marché n’aime les contradictions.
Les capitaux préfèrent les certitudes même imparfaites aux incertitudes politiques.
Un pays plus grand que ses tensions
Critiquer pour réformer peut être salutaire.
Fragiliser sans clarifier peut devenir dangereux.
Le Sénégal a longtemps construit une image rare sur le continent :
celle d’un État prévisible, institutionnel, capable d’offrir un minimum de sécurité juridique.
Ce capital réputationnel est précieux.
Et la réputation d’un pays fonctionne comme du verre :
une fois fissurée, elle ne redevient jamais totalement invisible.
La question que pose désormais le monde économique
Que doivent croire les investisseurs ?
Le discours d’attractivité ?
Ou le doute exprimé au sommet ?
Car au fond, une interrogation s’impose :
peut-on promouvoir un pays tout en semblant douter de ses propres fondations ?
Le Sénégal reste observé, scruté et evalué.
Et dans cette compétition mondiale pour les capitaux, une vérité domine :
les investisseurs pardonnent beaucoup de choses sauf l’incertitude institutionnelle.
Un pays peut manquer d’infrastructures.
Il peut manquer de ressources.
Mais s’il inspire confiance, l’argent vient.
S’il inspire le doute, il attend.
Parfois longtemps.

