Hommage aux enseignants : les gardiens silencieux de la République
« Un peuple qui n’éduque pas ses enfants prépare sa propre décadence. »
Nelson Mandela
Au Sénégal, ceux qui portent chaque jour la République sur leurs épaules viennent d’être frappés là où cela fait le plus mal : dans leur dignité. Des enseignants, engagés dans un mouvement pour réclamer de meilleures conditions de travail et de vie, se retrouvent aujourd’hui avec des ponctions salariales importantes. Et cela au moment le plus sensible de l’année : le mois de Ramadan, dans un contexte d’inflation où chaque franc compte pour nourrir une famille.
Mais au fond, ce combat n’a jamais été une question d’argent.
L’enseignant : architecte de la Nation
« L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde. »
Nelson Mandela
Qui tient cette arme au quotidien ?
L’enseignant.
Celui qui passe ses journées devant un tableau noir, parfois dans des salles surchargées, face à des enfants en sandales, parfois en haillons, mais dont les yeux brillent d’espoir. L’enseignant sénégalais a l’intellect pour occuper des fonctions lucratives, pour siéger dans des cabinets climatisés, pour évoluer dans des sphères décisionnelles rentables mais il a choisi autre chose : former.
Former ceux qui demain signeront des décrets.
Former ceux qui voteront des lois.
Former ceux qui décideront du bien-être collectif.
Il forme ceux qui, paradoxalement, décident aujourd’hui de ses conditions de vie.
La dignité avant le salaire
« L’instituteur est le sel de la terre. »
Victor Hugo
Si l’enseignant pensait argent, il ne resterait pas devant un tableau.
Il ne corrigerait pas des copies jusqu’à minuit.
Il ne sacrifierait pas ses week-ends à préparer des cours.
Son véritable salaire ?
Voir un élève réussir , voir un taux d’admission grimper , voir l’enfant biologique d’un autre réussir comme s’il était le sien.
Car l’enseignant se considère père ou mère d’une classe entière. Ce combat n’est donc pas un caprice corporatiste , c’est une revendication de respect.
Une injustice morale
Infliger des ponctions massives à des enseignants en période de Ramadan, quand les prix flambent, quand les familles comptent chaque dépense, ce n’est pas simplement une mesure administrative. C’est un signal et le signal envoyé est dangereux. Une société qui fragilise ses enseignants fragilise son avenir.
« Quand les enseignants sont maltraités, c’est l’avenir qui est en danger. »
Aux autorités : entendre autrement
Dire aux syndicats qu’ils exagèrent, ou présenter leurs revendications comme un obstacle, c’est ignorer la profondeur de leur mission.mCes enseignants ne sont pas des adversaires de l’État.
Ils sont les gardiens de la révolution sénégalaise. Leur combat est celui des parents d’élèves et
leur dignité est celle de la Nation.car au final, une vérité demeure :
On peut construire des routes, des ponts, des immeubles.
Mais sans enseignants respectés, on ne construit pas une Nation.
Aujourd’hui, il ne s’agit pas de politique , il s’agit de respect.
Respect pour ceux qui écrivent l’avenir sur un tableau noir.
Respect pour ceux dont les yeux brillent quand leurs élèves brillent.
Respect pour ceux qui forment les décideurs de demain.
Un pays qui humilie ses enseignants se prive de lumière et le Sénégal mérite mieux que l’ombre.
Baba Aidara , Journaliste d’Investigation

