Abdou Nguer : quand la justice devient l’ombre de la peur
Il y a des silences qui crient plus fort que les discours officiels.
Il y a des décisions judiciaires qui résonnent comme des aveux.
L’affaire Abdou Nguer dépasse désormais le simple cadre d’un dossier pénal. Elle interroge notre rapport à la liberté, à l’État de droit, et à la sincérité des institutions censées protéger le citoyen.
Un “flagrant délit”… renvoyé d’un mois ?
Poursuivi en flagrant délit et pourtant, son procès est renvoyé jusqu’au 20 mars. Un renvoi d’un mois en plein Ramadan.
Comment comprendre qu’une procédure dite « en flagrant délit », censée être jugée avec célérité, puisse être reportée pour une durée aussi longue ? Le flagrant délit n’est-il pas, par essence, une procédure d’urgence ?
Plus troublant encore : selon ses avocats, le juge aurait admis que cette décision de renvoi relevait de son « propre désir », sans fondement explicite dans un texte juridique. Si cela est exact, la question devient grave. Très grave.Car la justice n’est pas un espace de désirs personnels. Elle est encadrée par la loi. Rien que la loi.
Un mois de privation de liberté… pendant le mois de pardon
Un mois entier de détention , un mois de Ramadan, un mois de prière, de patience et de pardon. Ce n’est pas un simple calendrier. C’est un symbole.
Privation de liberté pendant le mois le plus sacré pour des millions de Sénégalais.
Le signal envoyé est lourd.
Abdou Nguer vit ce que certains qualifient déjà de « second kidnapping ». Une arrestation qui, pour ses soutiens, s’inscrit dans une logique d’acharnement. Depuis sa rencontre avec l’ancien président au Maroc, beaucoup estiment que son sort était scellé. Lui-même avait laissé entendre que ses jours de liberté pourraient être comptés.
Coïncidence ?
Ou climat politique devenu irrespirable pour ceux jugés proches de l’opposition ?
Pourquoi fait-il si peur ?
On nous présente Abdou Nguer comme un « analphabète ».
Mais alors, pourquoi un simple activiste inquiéterait-il autant le pouvoir ?
Serait-ce parce qu’il maîtrise les réseaux sociaux ?
Parce qu’il démonte les narratifs officiels ?
Parce qu’il parle sans filtre là où d’autres chuchotent ?
Un régime sûr de lui n’a pas peur d’un citoyen qui parle.
Un régime solide n’a pas besoin d’utiliser la justice comme marteau.
Quand la justice devient un instrument de pression politique, ce n’est plus un justiciable qui est en danger.
C’est la République.
Le serment oublié ?
Dans ce pays, les juges prêtent serment .Ils jurent de rendre la justice avec impartialité, indépendance et loyauté envers la loi.
Si des décisions reposent sur des « désirs » et non sur des textes, alors ce serment vacille et quand ceux qui doivent protéger la liberté prennent des libertés avec le droit, nous entrons dans une zone dangereuse.
Aujourd’hui, le cas Abdou Nguer n’est plus seulement celui d’un activiste.
Il devient le miroir de notre système.
Une justice à double vitesse ?
Pourquoi certains dossiers avancent-ils à une vitesse fulgurante tandis que d’autres s’enlisent ?
Pourquoi l’opposition semble-t-elle toujours plus exposée que les soutiens du pouvoir ?
Les Sénégalais observent ils comparent et ils retiennent.
Utiliser la justice comme outil de régulation politique est un pari risqué. L’histoire montre que ces stratégies finissent toujours par fragiliser ceux qui les initient.
Abdou Nguer attend le 20 mars , un mois derrière les barreaux et un mois de Ramadan sous contrainte.
La vraie question n’est peut-être pas ce qu’il a dit.
Mais pourquoi ce qu’il dit dérange autant.
Et si aujourd’hui c’est lui, demain… qui ?

