Le Sénégal est passé tout près d’un scandale d’État majeur sur le dossier gazier. Une simple déclaration évoquant la « nationalisation » du projet Yakaar/Teranga a suffi à faire planer le risque de sanctions financières colossales et de contentieux internationaux potentiellement dévastateurs.
Dans un entretien sans détour, Baba Aidara alerte : en matière de pétrole et de gaz, les mots sont des actes. À l’échelle internationale, de nombreux pays ont payé très cher des annonces politiques mal maîtrisées. Le Venezuela, l’Argentine, la Bolivie ou encore le Pakistan ont tous été condamnés à verser des milliards de dollars après des déclarations similaires, souvent avant même toute expropriation réelle.
Le danger est juridique, mais aussi financier et économique. Le simple fait de prononcer le mot « nationalisation » peut déclencher des arbitrages devant le CIRDI, faire chuter la confiance des investisseurs et dégrader instantanément le risque pays. Pour le Sénégal, les pertes potentielles auraient pu atteindre entre 500 millions et 1,5 milliard de dollars, sans compter les intérêts et l’impact sur l’attractivité économique.
Cet épisode révèle une vérité dérangeante : le secteur gazier n’est pas un terrain de populisme ni d’improvisation. Il exige une maîtrise fine du droit international, des contrats et des précédents mondiaux. Heureusement, la sortie a été corrigée à temps. Mais l’alerte est sérieuse.
Jouer avec le gaz, c’est jouer avec l’avenir économique et la souveraineté du pays. Le peuple est désormais en droit d’exiger des dirigeants compétents, formés et conscients des enjeux globaux — pas des décideurs capables de transformer un mot en bombe financière.

