SEN TV “Persona non grata” : quand le ministère de la Justice choisit l’humiliation plutôt que la République
Il y a des décisions qui dépassent une simple “consigne de protocole”.
Il y a des gestes qui révèlent une vision du pouvoir.
Et il y a des exclusions qui sonnent comme un aveu : quand on a peur des questions, on commence par attaquer les micros.
La mise à l’écart de SEN TV, déclarée persona non grata à la suite d’une conférence de presse du ministère de la Justice, n’est pas un détail administratif. C’est un signal politique. Un message envoyé à toute la presse : “ceux qui dérangent seront punis.”
Et ce jour-là, le ministère n’a pas choisi d’être juste.
Il a choisi d’être partisan.
SEN TV : un plateau que tous ont utilisé… avant de le renier
Ce qui rend cette affaire encore plus grave, c’est l’hypocrisie qui l’entoure.
SEN TV n’est pas une chaîne née pour caresser le pouvoir dans le sens du poil.
Depuis sa création, elle a été au front. Un espace rare au Sénégal :
un plateau où l’opposition a parlé, contesté, dénoncé… parfois violemment, parfois injustement, parfois avec excès.
Et pourtant, SEN TV a tenu.
Mieux : ceux qui gouvernent aujourd’hui sont parmi les premiers bénéficiaires de cette ouverture médiatique.
Des politiciens ont utilisé ces plateaux pour attaquer tout le monde, y compris l’homme derrière la chaîne, parce qu’il est aussi un acteur politique.
Et c’était ça, la grandeur :
laisser parler même ceux qui frappent.
laisser exister même ceux qui dérangent.
C’est ça, la démocratie.
Le manque d’élégance : punir une rédaction, priver un peuple
Ce qui se joue ici n’est pas une querelle entre une chaîne et un ministre.
C’est un manque d’élégance institutionnelle, une dérive dangereuse :
celle de punir un média au lieu de répondre à ses questions.
Car quand on écarte SEN TV d’un point de presse, on ne sanctionne pas un logo.
On sanctionne des journalistes.
On sanctionne une rédaction.
On sanctionne un public.
Et au final, ce sont les Sénégalais qui paient le prix :
moins de diversité, moins de contradictions, moins de vérité, moins d’informations.
Un ministère de la Justice qui exclut une chaîne, c’est une Justice qui s’exclut elle-même de l’esprit républicain.
L’affaire Abdou Nguer : éléphant dans une chambre de porcelaine
On se souvient encore de cet épisode absurde :
un petit malentendu avec le jeune Abdou Nguer, et voilà que certains se comportent comme si l’ordre public venait d’être menacé.
L’image est parfaite :
un éléphant dans une chambre de porcelaine.
On ne lui a même pas donné le temps de préciser sa pensée.
On a coupé.
On a dramatisé.
Et certains sont même allés jusqu’à bouder la salle, comme si le journalisme était devenu une offense.
Mais au fond… cette réaction avait une explication :
c’était déjà l’époque où la communication publique commençait à ressembler à une stratégie de contrôle, une manière de punir les voix qui n’entrent pas dans le récit officiel.
Rien d’étonnant : le mentor l’avait fait avant
Et franchement, rien de surprenant.
Cette culture du mépris médiatique a un héritage :
Ousmane Sonko l’avait déjà montré, lui aussi, dans un geste resté dans les mémoires :
un micro de la RTS qui traînait devant lui… et cette attitude qui disait en silence :
“Je vous tolère quand ça m’arrange, sinon vous dégagez.”
À l’époque, le populisme passait.
Le public applaudissait.
On confondait arrogance et courage.
On appelait ça “rupture”.
Aujourd’hui, on voit ce que ça produit :
l’intolérance devient système.
Quand le pouvoir pleure en direct : la leçon venue de Miss Univers
Même les concours de beauté peuvent donner des leçons aux hommes de pouvoir.
Regardez ce qui s’est passé lors de Miss Univers :
une reine insultée, des candidates solidaires, un animateur en larmes… un spectacle moins policé que d’habitude, oui.
Mais une chose était claire : la dignité s’impose même dans le chaos.
Et pendant que ces “belles lianes” réunies en Thaïlande montraient solidarité et tenue, chez nous certains confrères malgré l’expérience, malgré les coups continuent de tomber dans le piège :
l’humiliation acceptée,
le micro rabaissé,
le journaliste traité comme un intrus,
la presse divisée, silencieuse, docile.
Alors qu’il fallait faire l’inverse :
se tenir debout.
On peut bloquer l’aide à la presse… mais vous respecterez nos micros
Qu’on ne s’y trompe pas.
Oui, un gouvernement peut retarder des aides.
Oui, il peut asphyxier économiquement des rédactions.
Oui, il peut distribuer les budgets comme des récompenses politiques.
Mais il y a une ligne rouge :
vous ne piétinerez pas la dignité de la presse.
Vous pouvez bloquer des subventions,
mais vous respecterez nos micros.
Parce que le micro n’appartient ni au ministre, ni au parti, ni au palais :
il appartient au peuple.
Qand la Justice devient sélective, la République recule
Déclarer SEN TV persona non grata, ce n’est pas “gérer une situation”.
C’est organiser une exclusion.
C’est fabriquer une peur.
C’est instaurer une sélection : les médias amis entrent, les autres restent dehors.
Mais la vérité est simple :
une Justice qui fuit les questions ressemble à une Justice qui a quelque chose à cacher.
Et un pouvoir qui méprise la presse prépare toujours un terrain dangereux :
celui où demain, la vérité sera un luxe,
et l’information, une faveur.
SEN TV n’est pas parfaite. Aucune rédaction ne l’est.
Mais l’exclure, c’est punir une voix… et c’est surtout punir le droit du peuple à savoir.
La République, elle, ne doit jamais être persona non grata dans ses propres institutions.

