Justice spectacle : quand Yassine Fall change le dossier Farba Ngom en “Sweet Pavillon”
Les Sénégalais attendaient la ministre de la Justice Yassine Fall sur du solide.
Sur du lourd.
Sur du concret.
Ils l’attendaient sur les accusations financières, sur les 37 milliards, sur la cohérence du dossier, sur la parole du parquet, sur la méthode, sur les preuves, sur la procédure.
Mais au lieu de cela, le pays a eu droit à une conférence de presse au goût étrange, un “Sweet Pavillon spécial”, une diversion à base de téléphones, d’échanges, de contenu intime, et d’éléments sensationnels qui ne répondent pas à LA question centrale :
Où est le fond du dossier ?
Où sont les actes judiciaires clairs ?
Où est le parquet financier ?
Où sont les charges détaillées et soutenables devant le droit ?
D’un dossier financier… à une opération de communication
Soyons sérieux :
qu’un détenu soit trouvé en possession de téléphones en cellule, c’est grave.
Mais cela relève d’abord d’un problème pénitentiaire, d’une faille sécuritaire, d’une chaîne de responsabilité.
Cela ne peut pas devenir le centre d’une affaire d’État censée porter sur des milliards.
Le peuple n’a pas besoin d’un feuilleton.
Il a besoin d’une justice qui respecte l’intelligence des Sénégalais.
Car en vérité, ce que beaucoup ont ressenti ce jour-là, c’est ceci :
on a tenté de remplacer l’enquête par le buzz.
on a remplacé le droit par le récit.
on a confondu communication et justice.
Et quand un ministre de la Justice commence à donner l’impression qu’il “informe” plus qu’il ne “protège la procédure”, alors la justice devient fragile… et le soupçon devient national.
La justice ne doit pas parler comme un camp
Ce point est essentiel :
dans une démocratie, un Garde des Sceaux n’est pas un animateur de plateaux.
Il ne peut pas être : juge dans la journée, procureur le soir, porte-parole politique la nuit.
Car le rôle du ministre n’est pas d’écraser une partie et de flatter une autre.
Son rôle est de garantir l’État de droit, même quand le pays est politiquement chauffé.
Le Sénégal n’a pas besoin d’une justice qui “fait plaisir”.
Il a besoin d’une justice qui fait juste.
Le Sénégal voulait une clarification… pas une distraction
Les Sénégalais s’attendaient à une prise de parole sur : les faits précis reprochés, les dates, les flux financiers, les mécanismes de blanchiment (si blanchiment il y a), les responsabilités exactes, et surtout : le niveau réel de preuve.
Mais à la place, on a eu une scène où l’on mélange : politique, prison, ragots, contenu intime, insinuations sur des acteurs, et un parfum de règlement de comptes.
Si l’objectif était d’éclairer la nation, c’est raté.
Si l’objectif était de rassurer, c’est aggravé.
Parce que cette sortie crée une question simple :
Pourquoi une ministre s’expose autant, au lieu de laisser la justice parler par ses actes ?
Le risque d’un boomerang : et si tout cela se retournait contre l’État ?
Une justice mal conduite, c’est un danger pour tout le monde.
Même pour le pouvoir.
Car à force de jouer avec l’opinion, on finit par fabriquer : des martyrs politiques, des récits de persécution, des accusations de “dossier monté”, et une crise de confiance plus grave que le dossier initial.
Quand la justice devient un micro, l’État devient une cible.
Et qu’on le dise clairement :
on ne combat pas l’impunité en créant une justice perçue comme incohérente.
Farba Ngom : la question n’est pas l’émotion… c’est la procédure
Ici, on n’est pas en train de blanchir Farba Ngom.
On dit une chose : le droit ne se remplace pas par le vacarme.
S’il est coupable :
qu’on le juge vite, bien, proprement, et jusqu’au bout.
S’il n’y a pas de base solide :
qu’on arrête le cinéma, qu’on respecte la présomption d’innocence et qu’on assume.
Mais ce qui est insupportable, c’est l’entre-deux : le maintien prolongé, l’embrouille médiatique, les insinuations, les conférences à sensation, pendant que le fond se perd dans les sables.
À ce rythme, ce n’est plus une affaire judiciaire :
c’est une affaire politique gérée comme une série.
Une ministre en roue libre : après la diplomatie… la justice ?
Beaucoup de Sénégalais n’ont pas oublié les dégâts et les polémiques récentes qui ont touché la crédibilité du pays à l’extérieur.
Aujourd’hui, on a le sentiment que la ministre ouvre un second chantier explosif :
la justice.
Et la justice, quand on la saccage, ce n’est pas une institution qu’on abîme :
c’est la paix sociale.
Car au Sénégal, quand le citoyen ne croit plus à la justice, il ne croit plus à rien.
Et quand un pays ne croit plus à rien, il devient vulnérable.
Souhaitons seulement que…
Et dans ce “Sweet Pavillon” mal inspiré, il reste une phrase qui résume le malaise populaire, mi-ironie mi-inquiétude :
“Souhaitons seulement que les acteurs trouvés dans ces téléphones ne soient ni des employés… ni des clients de Ndeye Khady Ndiaye.”
Parce qu’au Sénégal, tout le monde a compris :
le scandale peut vite changer de camp…
et l’arroseur peut devenir arrosé.
le peuple veut une justice, pas une scène
Le Sénégal ne réclame pas une justice qui humilie.
Il réclame une justice qui prouve.
Et tant que cette affaire ne sortira pas du spectacle pour entrer dans le droit, une chose restera dans l’air, lourde, persistante :
ce dossier est en train de devenir un poison institutionnel.
Madame la ministre, le Sénégal n’a pas besoin d’une procureure en conférence.
Il a besoin d’une ministre garante, sobre, neutre et professionnelle.
Le reste n’est que bruit.
Et le bruit détruit.

