Analyse : Trump pousse Cuba au pied du mur enjeux géopolitiques, énergétiques et diplomatiques
1) Le message de Trump : pression politique et stratégique
Le président américain Donald Trump a explicitement averti Cuba que les flux de pétrole et d’aide financière en provenance du Venezuela allaient cesser, et invité La Havane à conclure un « accord » avec les États-Unis avant qu’il ne soit trop tard.
Cette formulation n’est pas simplement rhétorique. Elle s’inscrit dans une logique d’ultimatum diplomatique :
Fin des approvisionnements vénézuéliens historiquement essentiels à Cuba depuis les années 2000 en échange de services (médecins, enseignants, etc.). Pression maximale sur le gouvernement cubain pour négocier avec Washington ou risquer une rupture totale de ses appuis extérieurs.
L’administration américaine reprend ainsi une posture agressive, clairement instrumentalisée après la capture de Nicolás Maduro, allié majeur de La Havane.
2) Conséquences énergétiques immédiates pour Cuba
Le message de Trump s’appuie sur une réalité concrète : Cuba dépend considérablement du pétrole vénézuélien historiquement jusqu’à environ la moitié de ses besoins énergétiques.
Sans ce pétrole, Cuba se retrouve dans une situation énergétique et économique dramatique :
réduction possible de la production industrielle, aggravation des pannes d’électricité déjà signalées, pression accrue sur les ressources budgétaires déséquilibres commerciaux.
Selon des données privées citées par des médias internationaux, Caracas fournissait jusqu’à 27 000 barils par jour, couvrant environ 50 % du déficit énergétique cubain.
3) Réponse de Cuba : affirmation de souveraineté et rejet des menaces
La réaction officielle de Miguel Díaz-Canel a été ferme : « personne ne dicte quoi faire à Cuba ».
Ce refus n’est pas seulement symbolique :
il vise à préserver l’indépendance politique et diplomatique de Cuba, à mobiliser l’opinion intérieure contre ce que La Havane présente comme une pression impérialiste permanente, et à éviter d’être perçu comme un État faible prêt à céder sous ultimatums.
Dans l’arène internationale, ce type de position renforce l’image d’un régime résistant à la coercition, tout en laissant ouvert le théâtre des négociations.
4) Impacts régionaux et diplomatiques
La confrontation Washington–La Havane s’inscrit dans un contexte géopolitique plus large :
L’opération américaine au Venezuela a déjà rebattu les cartes et mis en lumière la détermination de Trump à remodeler l’hémisphère occidental selon ses priorités. Certains médias évoquent même une nouvelle forme de doctrine Monroe, renforcée (le président américain placerait l’Amérique latine sous une sphère d’influence réaffirmée).
Le durcissement envers Cuba reflète aussi une logique de négociation menée à partir d’une position de force : après avoir désarticulé l’appareil de soutien politique et énergétique vénézuélien, Washington tente d’isoler davantage La Havane et de forcer un réalignement stratégique.
5) Risques et paradoxes pour Washington
Ce type de pression comporte plusieurs risques politiques et diplomatiques :
a) Instabilité sociale accrue à Cuba
Privé de son principal fournisseur, Cuba risque :
une aggravation de la crise économique, une montée des tensions sociales, une possible émergence de mouvements de contestation.
Ce scénario n’est peut-être pas souhaité par Washington, car une crise humanitaire ou un afflux de réfugiés vers le sud de la Floride renforcerait les tensions bilatérales.
b) Rejet international de l’ultimatum
Plusieurs capitales (notamment Pékin et Moscou) ont déjà condamné des actions américaines comme des violations du droit international dans le contexte de la crise vénézuélienne.
L’isolement diplomatique pourrait renforcer les alliances régionales anti-américaines.
6) Quelle lecture stratégique à moyen terme ?
L’ultimatum de Trump à Cuba ressemble à un coup de poker politique : Washington tente de faire plier une alliée historique de Caracas en exploitant la crise énergétique dérivée de l’effondrement du soutien vénézuélien.
Mais la manœuvre est fragile :
elle repose sur un déséquilibre énergétique réel mais elle court le risque d’un effet boomerang diplomatique et humanitaire.
La prochaine étape déterminera si Cuba cherchera une sortie négociée avec Washington, se tournera vers d’autres partenaires énergétiques (par exemple le Mexique ou d’autres producteurs), ou choisira de répondre à la confrontation par une solidarité politique renforcée avec d’autres États critiques de la politique américaine.
L’appel de Donald Trump à Cuba n’est pas une simple déclaration de politique étrangère : c’est un ultimatum géopolitique qui lie énergie, influence et stratégie régionale.
En poussant Cuba à accepter un accord avant “qu’il ne soit trop tard”, Washington tente de redéfinir l’équilibre de pouvoir en Amérique latine mais risque aussi de s’engager dans une confrontation plus large, avec des répercussions économiques et diplomatiques profondes, bien au-delà de La Havane.

