February 7, 2026
ousetdiomaye

Un État, deux discours : quand le pouvoir parle à voix dissonantes

Vingt-quatre heures.
C’est le temps qu’il aura fallu pour fissurer la solennité d’un discours présidentiel pourtant clair, rassembleur et sans ambiguïté.

Au lendemain de l’allocution du président Bassirou Diomaye Faye, une autre parole s’est imposée dans l’espace public. Plus brute. Plus radicale. Plus personnelle aussi. Celle du Premier ministre Ousmane Sonko, s’adressant, de fait, non pas à la Nation, mais à sa nation.

Et c’est là que le malaise commence.

Le Président : l’État au-dessus de tout

Dans son discours, le chef de l’État a posé un principe fondamental, presque sacré :

“Rien ne sera jamais placé au-dessus de la paix, de l’unité et de l’intégrité du Sénégal.

Un message d’apaisement.
Une parole de rassemblement.
Une vision institutionnelle où l’État prime sur les hommes, les émotions et les règlements de comptes.

Ce discours appelait à la continuité républicaine, à la stabilité, à la retenue. Il traçait une ligne claire : gouverner, ce n’est pas régler des comptes, c’est préserver la cohésion nationale.

Le Premier ministre : la rupture permanente

Moins de 24 heures plus tard, le Premier ministre prenait le micro avec un tout autre registre :

” Le poste de Premier ministre ne me lie pas. “Le système est resté intact dans l’administration, la justice, la Primature, la Présidence.

Ces propos ne sont pas anodins. Ils sont lourds. Politiquement explosifs.

Car que dit, au fond, le Premier ministre ?

Qu’il se place au-dessus de la fonction qu’il incarne.

Qu’il se désolidarise implicitement de l’État qu’il est pourtant censé diriger au quotidien.

Qu’il entretient l’idée d’un pouvoir qu’il combat de l’intérieur, y compris à la Primature et à la Présidence.

C’est une parole de défi. Pas de gouvernement.

Un paradoxe dangereux : gouverner contre soi-même

Nous voilà face à une situation inédite :
un Premier ministre qui prend publiquement le contre-pied du Président,
un exécutif qui parle d’une seule voix… mais avec deux discours opposés,
un État présenté à la fois comme solution et comme problème.

Peut-on gouverner un pays en affirmant que tout le système est intact, y compris les institutions que l’on dirige soi-même ?
Peut-on demander confiance aux citoyens tout en jetant le soupçon sur l’administration, la justice et la Présidence ?

À ce rythme, ce n’est plus une rupture : c’est une dissonance institutionnelle.

Le vrai danger : banaliser l’affaiblissement de l’État

En minimisant la fonction présidentielle, en relativisant son propre rôle de Premier ministre, et en désignant l’État comme un adversaire permanent, le discours devient dangereux.

Car un État affaibli dans le discours finit toujours affaibli dans les faits.

Les investisseurs écoutent.
Les partenaires internationaux observent.
Les magistrats, les fonctionnaires, les forces de sécurité entendent.

Et le peuple, lui, se demande :
Qui gouverne réellement ?
Quelle est la ligne officielle de l’État ?
À qui doit-on se fier ?

Un État, pas deux nations

Le Sénégal n’a pas besoin de deux discours concurrents au sommet.
Il n’a pas besoin d’un Président rassembleur et d’un Premier ministre en rupture permanente.
Il n’a pas besoin d’un pouvoir qui se combat lui-même.

Il a besoin d’un cap.
D’une cohérence.
D’une parole d’État.

Car on ne dirige pas durablement un pays en parlant comme un opposant lorsqu’on est au cœur du pouvoir.

Un État, une parole.
Une République, pas deux nations.

Babapodcast.com

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