Justice équitable : après les mots du Président, l’épreuve des actes
Lors de son discours de fin d’année, Bassirou Diomaye Faye a placé la justice au cœur de son message :
une justice libre, équitable, indépendante et respectueuse des droits fondamentaux.
Ces mots engagent. Ils obligent.
Car un discours présidentiel n’est pas un exercice de style : c’est une orientation politique et institutionnelle.
Or, à l’épreuve des faits, une question dérangeante se pose aujourd’hui avec insistance :
des détentions se prolongent désormais sans base légale solide.
Après les auditions, le droit parle
Après leurs auditions et confrontations respectives avec la justice, les cas de Farba Ngom, Tahirou Sarr, Moustapha Diop et Bamba Amar font aujourd’hui l’objet d’un constat largement partagé.
De nombreux magistrats sérieux, respectés pour leur rigueur, sont unanimes : rien ne justifie plus leur maintien en détention.
Le droit pénal est clair :
la détention préventive est une exception,
elle ne peut se prolonger en l’absence d’éléments nouveaux,
elle ne peut devenir ni un instrument de pression, ni une sanction anticipée.
Quand l’instruction n’avance plus, la prison devient illégitime.
La détention comme message politique ?
Le danger est là.
Une justice perçue comme sélective ou instrumentalisée perd instantanément sa crédibilité.
Elle cesse d’être un pilier de l’État de droit pour devenir un facteur de tension sociale et politique.
Or, le Sénégal n’a ni besoin d’une justice de démonstration, ni d’une justice d’intimidation.
Il a besoin d’une justice calme, droite et rigoureuse.
Protection des femmes : là aussi, les actes sont attendus
Dans le même discours, le Président a insisté avec force sur la protection des femmes.
Ces paroles obligent également.
Le cas de Bintou Diagne interpelle profondément les consciences.
Aujourd’hui, beaucoup le disent sans détour :
son seul “crime” est d’être l’épouse de l’un des hommes les plus traqués du pays, en l’occurrence Madiambal Diagne.
Aucun État de droit digne de ce nom n’emprisonne par ricochet.
Aucun régime sérieux ne punit par association.
Si le Président croit réellement à ses propres déclarations, le mois de janvier doit marquer la libération sans condition de Bintou Diagne.
Président, la cohérence est désormais attendue
Après le discours, le pays attend les actes.
Soit la justice est indépendante, et elle libère quand le droit l’exige.
Soit elle devient un outil, et alors les discours perdent toute valeur.
La crédibilité d’un pouvoir ne se mesure pas à la force de ses mots,
mais à sa capacité à laisser le droit produire ses effets, même quand cela dérange.
Le Sénégal a applaudi le discours.
Il observe désormais les décisions.
Président, après les mots, place aux actes.
Baba Aidara
Journaliste d’investigation
Babapodcast.com

