Révision du procès Sonko : quand le pouvoir rattrape la justice
La scène est saisissante.
Celui qui, hier encore, refusait de répondre à la justice, exige aujourd’hui la révision de son propre procès.
Le Premier ministre Ousmane Sonko demande officiellement que son dossier judiciaire soit rouvert. La saison des avocats est donc ouverte. Et avec elle, une question centrale, incontournable, presque dérangeante : pourquoi maintenant ?
Hier la défiance, aujourd’hui la convocation volontaire
Pendant des mois, Ousmane Sonko a contesté la justice sénégalaise, refusé certaines convocations, dénoncé une institution qu’il jugeait instrumentalisée.
Aujourd’hui, devenu chef du gouvernement, il se dit prêt à ramener lui-même ses dossiers devant cette même justice.
Le retournement est total.
S’il est réellement sûr de son innocence, une seule démarche permettrait de mettre tout le monde à l’aise :
quitter temporairement son poste et se mettre à la disposition de la justice, comme le veut l’éthique républicaine la plus élémentaire.
On ne peut pas être donneur d’ordres politiques et justiciable actif dans le même souffle.
Une justice sous pression politique assumée
Le malaise est d’autant plus profond que le Premier ministre l’a dit lui-même, sans détour :
“C’est moi qui donne les ordres.”
Dès lors, comment croire à une procédure sereine quand : le ministre de la Justice est hiérarchiquement subordonné, la révision d’un procès sensible intervient après de multiples pressions publiques, et que le calendrier politique, 2029 en ligne de mire, pèse lourdement sur chaque décision ?
L’ancien ministre de la Justice, Ousmane Diagne, homme du sérail, était jugé lent.
Aujourd’hui, la machine semble s’accélérer brusquement.
Trop brusquement.
Un message clair envoyé aux juges
Le message politique est limpide :
“Personne ne pourra désormais m’empêcher de participer à une élection au Sénégal. “
La balle est désormais dans le camp des juges.
Mais à quel prix ?
Car cette révision place la magistrature devant une épreuve redoutable : dire le droit sans trembler, résister à la pression de l’exécutif, ou accepter d’être perçue comme un rouage du calendrier politique.
Ce n’est plus seulement le procès d’Ousmane Sonko qui est en jeu.
C’est l’identité même de la justice sénégalaise.
La République à l’épreuve de la cohérence
On ne peut pas :dénoncer la justice quand elle dérange, puis l’invoquer quand elle arrange, tout en restant au sommet de l’exécutif.
La République exige de la cohérence.
La démocratie exige des garde-fous.
La justice exige de la distance.
La vérité, toute la vérité mais sans confusion des rôles
Si Ousmane Sonko veut la vérité judiciaire, alors qu’il la demande sans l’ombre du pouvoir.
S’il veut rassurer le pays, qu’il sépare clairement l’État et sa personne.
Sinon, cette révision restera entachée d’un soupçon :
celui d’une justice convoquée par le pouvoir, et non saisie par le droit.
Désormais, les juges doivent dire qui ils sont
et le Sénégal avancera.
Ou il reculera.

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